L’Ordre

L’ORDRE DES HOMMES MAUDITS

Le Lien

Ce qu’il peut donner a sa place parmi nous.

Il est une solitude à laquelle la bonne compagnie ne met pas fin.

Un homme peut être assis parmi des gens qui l’apprécient et garder pourtant pour lui la plus grande part de sa vie. Il apprend à répondre en peu de mots. Le travail va assez bien. Il a des projets. Il s’occupe.

Souvent, c’est vrai. Il a des choses à terminer et des gens ont besoin de lui. Il a appris à se rendre utile dans des lieux où il peine à se sentir chez lui.

La question est de savoir ce qui arrive quand se rendre utile ne suffit plus à soutenir la conversation.

Quand il s’est trompé. Quand le travail s’est tari. Quand il n’a rien d’impressionnant à raconter. Quand il voudrait parler d’une chose pour laquelle il n’a jamais trouvé les mots justes.

Il faut aussi lui faire une place parmi les hommes en ces occasions.


Le lien de l’Ordre se maintient par des actes ordinaires. Se souvenir de ce qu’un homme vous a dit. Garder la confidence qu’il vous a confiée. Lire le travail qu’il hésitait à montrer. Revenir quand on l’a promis.

Avec le temps, un homme peut se surprendre à parler plus librement. Il peut découvrir qu’un autre homme cherche, dans ses propres mots, à dire quelque chose qu’il connaît.

Leurs vies seront différentes. Chacun porte des choses que l’autre ne peut connaître. Écouter n’exige pas que leurs deux récits se confondent.

L’appartenance ne décharge pas non plus un homme de sa responsabilité. La Mesure s’applique quand il est admiré comme lorsqu’il a honte. S’il a causé du tort, l’amitié doit être assez forte pour en entendre la vérité.


Nous tenons qu’un homme peut porter des choses inachevées et néanmoins se consacrer à une vie qui ait du sens.

Il peut avoir des gens aux côtés desquels se tenir, un travail qui mérite d’être entrepris et un lieu où sa parole compte. Il peut découvrir ce qu’il a à offrir en l’offrant.

Voilà ce que l’Ordre demande à ses hommes de faire exister les uns pour les autres.

Le lien laisse à chaque homme sa conscience, ses autres relations et la liberté de partir. Il doit mériter qu’on y revienne librement.

Aucun homme au-dessus d’un autre.
La même mesure pour tous.